Marqué par ce qu'on n'a pas vécu soi-même
trauma vicariant · traumatisme par procuration · trauma secondaire · usure de compassion · j'ai été marqué par ce que j'ai entendu
- 3114 — Souffrance psychique et prévention du suicide (France, 24h/24)
- 0800 32 123 — Centre de prévention du suicide (Belgique, 24h/24)
- 143 — La Main Tendue (Suisse, 24h/24)
- 988 — Ligne d'aide en cas de crise de suicide (Québec, 24h/24)
Le trauma vicariant, ou trauma par procuration, désigne les réactions qui apparaissent chez ceux qui ont été exposés au trauma d'autrui : soignants, secouristes, policiers, magistrats, journalistes, interprètes, mais aussi proches d'une victime. On n'y était pas, et le corps réagit comme si. Ce n'est pas de l'usurpation : c'est une réaction connue, et elle se libère.
On n'a rien vécu soi-même, et pourtant les images reviennent. On fait des cauchemars avec les récits des autres. On sursaute, on évite, on se surprend à surveiller ses propres enfants autrement. Et on n'ose pas se plaindre, parce que ce n'est pas à soi que c'est arrivé. Beaucoup le disent avec les mêmes mots : « je n'ai pas le droit d'aller mal, ce n'est pas moi la victime ». Vous avez le droit, et ce que vous vivez a un nom.
Depuis, je…
- « je fais des cauchemars avec ce que j'ai entendu »
- « je revois des images que je n'ai pas vécues »
- « je surveille mes enfants autrement depuis »
- « je ne supporte plus certains dossiers, certains récits »
- « je me sens vidée en rentrant du travail »
- « je n'ose pas en parler, ce n'est pas moi la victime »
- « je suis devenu cynique, ou au contraire je pleure pour rien »
Ce qui se passe
Le système d'alerte humain ne se contente pas de ce qui arrive au corps : il fonctionne aussi par représentation. Entendre un récit précis, voir des images, reconstituer une scène pour l'instruire ou la soigner active en partie les mêmes circuits que l'avoir vécu — c'est ce qui rend l'empathie possible, et c'est très utile. Le problème apparaît avec la répétition et l'intensité. Chaque récit dépose une trace, et ces traces s'additionnent. Le système finit par se régler comme si le danger était partout, parce que c'est effectivement ce qu'il voit toute la journée. S'y ajoute un facteur aggravant propre à cette situation : l'interdiction de se plaindre. Comme ce n'est pas arrivé à soi, on se tait, on relativise, on continue. Or le silence empêche la décharge et laisse la charge s'accumuler. C'est pourquoi le trauma vicariant s'installe souvent longtemps sans être nommé, jusqu'à un dossier de trop qui n'était pas plus grave que les autres.
Quand ça revient
Les moments
- le soir, après une journée de récits ou d'interventions
- la nuit, en cauchemar
- quand un dossier ressemble à un précédent
- au contact de ses propres enfants
Les déclencheurs
- un récit qui rappelle un autre récit
- une image, une odeur d'intervention
- un âge, un prénom, une situation familière
- le fait de raconter sa journée
Ce que la boucle construit
Ne pas se sentir légitime produit des conclusions particulières : elles portent moins sur le monde que sur son propre droit à exister comme concerné.
Les croyances
- « je n'ai pas le droit de me plaindre »
- « ce n'est pas à moi que c'est arrivé »
- « je devrais être plus solide, c'est mon métier »
- « si je craque, je ne suis pas à la hauteur »
- « le monde est bien plus dangereux qu'on ne croit »
Les scénarios
- l'anticipation du pire pour ses propres proches
- le film de ce qui pourrait arriver à ses enfants
- le renoncement à raconter sa journée pour ne pas contaminer les siens
S'interdire d'être concerné empêche la décharge, et l'absence de décharge fait grossir la charge — jusqu'à ce qu'elle se manifeste ailleurs, souvent dans la vie privée. Ce n'est pas un manque de professionnalisme : c'est l'effet mécanique du silence.
Ce qu'on vous a peut-être dit
Tu savais à quoi t'attendre en choisissant ce métier.
Choisir un métier exposé n'est pas consentir à ses effets. Les professionnels les plus engagés sont souvent les plus exposés, pas les moins solides.
Ce n'est pas toi la victime.
C'est exact, et cela ne retire pas ce que votre système a enregistré. Les deux choses peuvent être vraies en même temps.
Il faut savoir prendre du recul.
Le recul est une compétence, pas un interrupteur. Il s'entretient avec du temps, du soutien et parfois un accompagnement — pas avec de la bonne volonté.
Vos questions
Ai-je le droit d'aller mal si ce n'est pas moi la victime ?
Oui. L'exposition indirecte, répétée ou intense, produit des réactions documentées. Ce n'est pas prendre la place de quelqu'un : c'est une conséquence connue de certaines fonctions et de certaines situations.
Est-ce reconnu ?
Oui. L'exposition répétée à des détails aversifs d'événements traumatiques, notamment dans le cadre professionnel, figure explicitement parmi les modes d'exposition retenus par les manuels de référence internationaux.
Est-ce la même chose que le burn-out ?
Non, même si les deux peuvent coexister. L'épuisement professionnel vient de la charge et du manque de sens ; le trauma vicariant vient du contenu — les images, les récits, la confrontation à ce qui a été fait à quelqu'un.
Cela concerne-t-il les proches d'une victime ?
Oui, très souvent, et c'est peu dit. Les conjoints, parents et enfants d'une personne touchée développent fréquemment des réactions propres, tout en s'interdisant d'en parler pour ne pas prendre la place.
Pourquoi certains collègues ne réagissent pas comme moi ?
Parce que ce qui fait écho n'est pas le même pour chacun. Un dossier peut résonner avec votre histoire, votre âge, celui de vos enfants. Ce n'est pas une question de solidité professionnelle.
Faut-il changer de métier ?
Pas nécessairement, et ce n'est pas la première réponse. Ce qui protège le plus : ne pas rester seul avec les récits, disposer de temps de reprise, et traiter la charge quand elle s'accumule.
Ce qui aide, en attendant
Au quotidien
- Ne pas rester seul avec les récits : en parler régulièrement, et pas seulement quand ça déborde
- Se ménager un vrai temps de transition entre le travail et la maison
- Repérer les dossiers qui font écho à sa propre histoire, sans se le reprocher
- Pour les proches d'une victime : s'autoriser un accompagnement distinct
Quand consulter
- Quand les images reviennent hors du travail, quand le sommeil se dégrade, quand la vie privée se réorganise autour de ce que l'on voit — sans attendre le dossier de trop.
Ce n'est pas une fatalité
Ce n'est pas une fatalité et cela n'oblige pas à changer de vie. Le Coaching en Libération Émotionnelle aborde ce qui s'exprime aujourd'hui — les images accumulées, la vigilance, l'interdiction de se sentir concerné — en s'appuyant sur vos ressources. Quand la charge se libère, la capacité à écouter revient : c'est elle qui s'était éteinte, pas votre métier.
Découvrir l'accompagnementPour aller plus loin
- American Psychiatric Association, DSM-5-TR, critère A4 du trouble de stress post-traumatique : exposition répétée ou extrême à des détails aversifs d'événements traumatiques, notamment dans l'exercice professionnel
- Organisation mondiale de la santé, CIM-11, 6B40 : exposition directe ou indirecte à un événement menaçant
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