Quand le produit sert à éteindre
trauma et addiction · je bois pour oublier · alcool et traumatisme · je me shoote pour ne plus y penser · addiction post-traumatique
- 3114 — Souffrance psychique et prévention du suicide (France, 24h/24)
- 0800 32 123 — Centre de prévention du suicide (Belgique, 24h/24)
- 143 — La Main Tendue (Suisse, 24h/24)
- 988 — Ligne d'aide en cas de crise de suicide (Québec, 24h/24)
Après un trauma, l'alcool, les médicaments, le cannabis ou d'autres produits servent très souvent à faire taire ce qui revient : les images, la nuit, la vigilance. Cela fonctionne au début, puis le produit devient un second problème sans avoir réglé le premier. Ce n'est pas un défaut de volonté : c'est une tentative de traitement, et il en existe une autre.
Ça a commencé pour dormir, ou pour tenir une soirée, ou pour que les images s'arrêtent. Et puis la dose a augmenté. Aujourd'hui on est jugé sur la consommation, et personne ne demande plus ce qu'elle éteint. Beaucoup le disent avec les mêmes mots : « je bois pour ne plus y penser », « sans ça je ne dors pas ». Vous n'avez pas un problème de volonté : vous avez trouvé quelque chose qui marchait, et qui coûte de plus en plus cher.
Depuis, je…
- « je bois pour dormir »
- « sans rien, les images reviennent »
- « j'ai augmenté les doses sans m'en rendre compte »
- « je ne peux plus arrêter, même quand je veux »
- « on me parle de ma consommation, jamais de ce qu'il y a derrière »
- « j'ai honte, alors je consomme seule »
- « j'ai arrêté, et tout est revenu d'un coup »
Ce qui se passe
Après un événement traumatique, le corps reste en alerte : le sommeil se fragmente, les images reviennent, la vigilance ne redescend pas. Dans cet état, tout ce qui apaise devient précieux, et certains produits apaisent réellement — l'alcool endort, certains médicaments coupent l'anxiété, le cannabis éloigne les pensées. Il n'y a donc rien d'irrationnel à s'en servir : c'est une tentative de traitement, avec un effet vérifiable. Deux mécanismes la retournent ensuite. D'abord l'accoutumance : le cerveau s'ajuste, l'effet diminue, la dose monte, et une dépendance s'installe avec ses propres conséquences. Ensuite l'entretien du trauma lui-même : ce qui est mis sous couverture n'est pas traité, et le sommeil obtenu par un produit est de moins bonne qualité, ce qui alimente la fatigue et donc l'alerte. On se retrouve alors avec deux problèmes au lieu d'un, et un regard extérieur qui ne voit que le second. C'est ce malentendu qui isole le plus, et qui fait échouer les prises en charge qui ne s'occupent que du produit.
Quand ça revient
Les moments
- le soir, au moment où il faut affronter la nuit
- dans les périodes de sevrage ou de réduction
- quand quelque chose rappelle l'événement
Les déclencheurs
- l'approche de l'heure du coucher
- un déclencheur lié au trauma
- une remarque sur la consommation
- un moment de solitude
Ce que la boucle construit
Être jugé sur la consommation finit par produire des conclusions qui empêchent de demander de l'aide pour le reste.
Les croyances
- « je suis faible »
- « je n'ai aucune volonté »
- « sans ça je ne tiendrai pas »
- « personne ne voit ce qu'il y a derrière »
- « je ne mérite pas qu'on m'aide »
- « si j'arrête, je vais m'effondrer »
Les scénarios
- l'anticipation de la nuit sans produit
- le film de l'effondrement en cas d'arrêt
- le renoncement à parler du trauma pour ne pas paraître se chercher des excuses
La honte liée à la consommation empêche de parler de ce qu'elle éteint, et le silence maintient la charge — qui rend le produit plus nécessaire. C'est un cercle particulièrement bien fermé, et il s'ouvre en nommant les deux choses en même temps, pas l'une après l'autre.
Ce qu'on vous a peut-être dit
Tu n'as qu'à arrêter.
La dépendance n'est pas une question de décision, et le produit remplit encore une fonction. Arrêter sans traiter ce qu'il couvre expose à un retour brutal.
Tu te cherches des excuses.
Expliquer n'est pas excuser. Comprendre à quoi sert la consommation est précisément ce qui permet de s'en passer.
C'est de la faiblesse.
C'est une tentative de traitement qui a fonctionné avant de se retourner. Elle demande de l'aide, pas un jugement moral.
Vos questions
Est-ce que je suis alcoolique ou est-ce le trauma ?
Très souvent les deux, et c'est justement ce qui rend la situation difficile. La dépendance est réelle et demande une prise en charge propre ; elle s'est fréquemment installée sur une tentative d'éteindre autre chose. Traiter l'un sans l'autre expose à un échec.
Pourquoi ça a marché au début ?
Parce que beaucoup de produits diminuent effectivement la vigilance, les images et l'insomnie. Ce n'est pas une illusion : c'est un effet réel, à court terme. Le problème est que le cerveau s'adapte, la dose augmente, et le trauma reste intact dessous.
Pourquoi tout revient quand j'arrête ?
Parce que le produit ne traitait rien : il couvrait. Quand la couverture se retire, ce qu'elle recouvrait est toujours là, souvent avec l'intensité d'origine. Cela n'annonce pas un échec, cela indique ce qui reste à traiter.
Faut-il d'abord arrêter, puis s'occuper du trauma ?
Ce n'est pas toujours l'ordre le plus efficace, et cela se décide avec des professionnels. Ce que nous constatons, c'est qu'aborder les deux dimensions ensemble tient mieux dans la durée que de traiter la consommation seule.
Est-ce que les médicaments prescrits comptent aussi ?
Oui, notamment certains somnifères et anxiolytiques. La dépendance peut s'installer sur une prescription tout à fait légitime. Ne modifiez jamais un traitement seul : parlez-en à votre médecin, un arrêt brutal peut être dangereux.
On me juge sur ma consommation, comment faire entendre le reste ?
En le disant explicitement dès le premier rendez-vous : ce que la consommation vous permet d'éviter. Les professionnels de l'addictologie connaissent bien ce lien et savent en tenir compte.
Ce qui aide, en attendant
Au quotidien
- Dire dès le premier rendez-vous ce que la consommation permet d'éviter
- Ne jamais arrêter seul un traitement prescrit ni une consommation importante d'alcool : certains sevrages sont dangereux
- Se faire accompagner en addictologie et sur le trauma, plutôt que d'attendre d'avoir réglé l'un pour aborder l'autre
- Protéger le sommeil autrement, progressivement
- Ne pas rester seul avec la honte : c'est elle qui verrouille tout
Quand consulter
- Dès que la consommation augmente, qu'elle devient nécessaire pour dormir ou pour tenir, ou qu'elle inquiète — et sans attendre si des idées de mort s'invitent.
Ce n'est pas une fatalité
Ce n'est pas une fatalité, et il ne s'agit pas de choisir entre les deux sujets. Le Coaching en Libération Émotionnelle aborde ce qui s'exprime aujourd'hui — les images, la nuit, la vigilance — sans jugement sur la consommation et sans remplacer un suivi médical quand il est nécessaire. Quand ce que le produit éteignait se libère, le produit perd sa fonction.
Découvrir l'accompagnementPour aller plus loin
- American Psychiatric Association, DSM-5-TR, comorbidité entre trouble de stress post-traumatique et troubles liés à l'usage de substances
- Haute Autorité de santé, Évaluation et prise en charge des syndromes psychotraumatiques — Enfants et adultes, note de cadrage (2020) (comorbidités addictives)
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