Après un bizutage

bizutage · week-end d'intégration · intégration · brimades étudiantes · on m'a fait subir des trucs à l'intégration

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Le bizutage, c'est une humiliation organisée et présentée comme une tradition, dans un groupe auquel on veut appartenir. Cette présentation est précisément ce qui empêche d'en parler : refuser, c'est risquer l'exclusion ; se plaindre après, c'est passer pour mauvais joueur. Ce qu'il laisse est réel, et il est interdit par la loi en France.

On a ri sur le moment, ou fait semblant. On a même peut-être bizuté les suivants. Et pourtant quelque chose est resté : la honte, le dégoût, le souvenir d'avoir fait des choses qu'on n'aurait jamais faites. Beaucoup le disent avec les mêmes mots : « c'était censé être drôle », « tout le monde y est passé ». Le fait que ce soit une tradition ne change rien à ce que votre corps en a gardé.

Depuis, je…

Ce qui se passe

Le bizutage combine trois ingrédients particulièrement efficaces. D'abord l'enjeu d'appartenance : il se déroule au moment précis où l'on cherche sa place dans un groupe dont dépendront les années suivantes, ce qui rend le refus très coûteux. Ensuite le cadre festif : l'humiliation est présentée comme un jeu, souvent avec de l'alcool, ce qui brouille les repères et empêche de qualifier ce qui se passe. Enfin la légitimation par la tradition : puisque tout le monde y est passé, protester revient à se désigner comme celui qui ne joue pas le jeu. Le résultat est un événement subi sans pouvoir le nommer, et dont on devient parfois complice ensuite. C'est cette configuration qui explique la trace particulière qu'il laisse : moins de la peur que de la honte, et une honte qui porte sur soi plutôt que sur les autres. Comme elle est rarement dite, elle ne se décharge pas, et elle peut rester intacte très longtemps.

Quand ça revient

Les moments

  • à chaque rentrée ou période d'intégration
  • lors de retrouvailles, de réunions d'anciens
  • quand ses propres enfants entrent dans un cursus concerné

Les déclencheurs

  • une photo, une vidéo de la soirée
  • un chant, un rituel, un vocabulaire de promotion
  • un reportage sur le sujet
  • une ambiance de groupe alcoolisée

Ce que la boucle construit

Ce qui a été accepté sous pression devient, avec le temps, une preuve à charge contre soi-même.

Les croyances

  • « j'ai accepté, donc c'est ma faute »
  • « je n'ai pas eu le courage de refuser »
  • « je ne vaux pas mieux qu'eux, j'ai fait pareil ensuite »
  • « je ne peux pas me plaindre, c'était le jeu »
  • « si j'en parle, je passerai pour un mauvais joueur »

Les scénarios

  • l'anticipation du moment où quelqu'un ressortira une photo
  • le renoncement aux retrouvailles et aux réseaux d'anciens
  • la crainte que ses enfants vivent la même chose

La honte qui porte sur soi se dit encore moins que celle qui porte sur autrui, et ce silence l'entretient. Reconnaître que le consentement obtenu sous pression du groupe n'en est pas un déplace la responsabilité au bon endroit — et c'est souvent le premier soulagement réel.

Ce qu'on vous a peut-être dit

C'est la tradition, tout le monde y est passé.

La répétition d'une pratique ne la rend pas légitime, et en France elle est même interdite. L'ancienneté n'a jamais été un argument.

Tu n'avais qu'à refuser.

Refuser signifiait s'exclure du groupe pour les années à venir. Ce n'est pas un choix libre, c'est un chantage à l'appartenance.

C'était pour rire, tu n'as pas d'humour.

L'humour suppose que tout le monde puisse en sortir. Quand l'un rit et l'autre subit, ce n'est plus une plaisanterie.

Vos questions

Est-ce que c'est grave si j'étais consentant ?

Le consentement obtenu sous pression du groupe n'en est pas un, et la loi française le dit clairement : le bizutage est puni même lorsque la personne y a consenti. Vouloir appartenir n'est pas accepter d'être humilié.

Pourquoi j'ai honte alors que tout le monde y est passé ?

Parce que la honte porte sur ce que vous avez fait ou accepté, pas sur ce qui vous a été fait. C'est ce qui la rend si difficile à dire — et si tenace.

J'ai bizuté les suivants, qu'est-ce que ça dit de moi ?

C'est extrêmement fréquent, et c'est même la manière dont ces pratiques se perpétuent : reproduire est une façon de rendre supportable ce qu'on a subi. Cela demande souvent à être déposé, pas jugé.

C'est puni par la loi ?

Oui. En France, le bizutage est un délit depuis 1998, y compris avec le consentement de la personne, et les établissements ont une obligation de prévention et de signalement.

Ça ne mérite pas qu'on en fasse une histoire, si ?

Personne n'a à justifier le retentissement de ce qu'il a vécu. Que d'autres n'en aient rien gardé ne dit rien de votre cas.

Est-ce trop tard pour en parler ?

Non. Beaucoup de personnes n'en parlent que des années après, souvent au moment où leurs propres enfants approchent de cet âge.

Ce qui aide, en attendant

Au quotidien

  • Nommer les faits pour ce qu'ils sont : un délit, pas une tradition
  • Le dire une fois à quelqu'un qui ne minimisera pas
  • Signaler à l'établissement si les faits sont récents ou se reproduisent
  • Ne pas se juger d'avoir reproduit : cela s'explique et se dépose

Quand consulter

  • Quand la honte persiste, quand elle fait éviter des situations de groupe ou des retrouvailles, quand elle n'a jamais pu être dite à personne.

Ce n'est pas une fatalité

Ce n'est pas une fatalité, et il n'est pas nécessaire de tout raconter en détail. Le Coaching en Libération Émotionnelle ne juge pas ce que vous avez accepté ni ce que vous avez fait ensuite : il aborde ce qui s'exprime aujourd'hui — la honte, le dégoût, l'évitement — en s'appuyant sur vos ressources. Ce qui n'a jamais pu se dire peut enfin se déposer.

Découvrir l'accompagnement

Si cette réaction est là sans que vous puissiez la relier à un événement précis, elle est peut-être décrite autrement sur notre site frère : scopophobie. Vous n'avez pas à choisir le bon mot.

Ce site est une encyclopédie d'information. Il ne pose aucun diagnostic et ne remplace pas l'avis d'un professionnel de santé.