Quand on n'est plus tout à fait là
dissociation · déréalisation · dépersonnalisation · je me sens irréelle · comme derrière une vitre
- 3114 — Souffrance psychique et prévention du suicide (France, 24h/24)
- 0800 32 123 — Centre de prévention du suicide (Belgique, 24h/24)
- 143 — La Main Tendue (Suisse, 24h/24)
- 988 — Ligne d'aide en cas de crise de suicide (Québec, 24h/24)
La dissociation, c'est le moment où l'on décroche : le corps est là, mais on ne s'y sent plus tout à fait. Le monde paraît irréel, les sons s'éloignent, on se regarde faire de l'extérieur. Ce n'est pas de la folie et ce n'est pas volontaire : c'est une protection d'urgence, déclenchée quand ce qui arrive dépasse ce qui peut être ressenti. Elle s'apaise.
On est dans la pièce et pourtant à distance. Les voix arrivent avec un temps de retard. On se voit parler, on répond correctement, et rien n'est vraiment vécu. Certains décrivent un brouillard, d'autres une vitre, d'autres l'impression de regarder un film dont ils sont le personnage. Beaucoup le disent avec les mêmes mots : « je me sens à côté de ma vie », « ce n'était pas moi ». C'est une réaction connue, et vous n'êtes pas en train de perdre la tête.
Depuis, je…
- « je me sens comme derrière une vitre »
- « j'ai l'impression de me regarder de l'extérieur »
- « le monde me paraît irréel, en carton »
- « je perds des morceaux de la journée »
- « je ne sens plus mon corps, ou seulement de très loin »
- « je réponds, je souris, et je ne suis pas là »
- « j'oublie comment je suis arrivée quelque part »
Ce qui se passe
Devant un danger, le corps dispose de trois réponses connues : fuir, combattre, se figer. Il en existe une quatrième, plus discrète, qui prend le relais quand aucune des trois ne peut sauver : se retirer. L'organisme réduit alors l'intensité de ce qui est ressenti — la douleur, la peur, la présence à soi — pour rendre l'instant traversable. C'est une anesthésie d'urgence, et elle fonctionne remarquablement bien. Le problème vient après : ayant appris que cette porte existe, le corps la rouvre plus facilement, et parfois pour beaucoup moins. Une tension, une voix qui monte, un lieu clos suffisent à déclencher le retrait. Ce qui était une issue de secours devient une réaction par défaut. Et comme ce qui est vécu à distance s'enregistre mal, les souvenirs restent lacunaires, ce qui alimente le doute sur soi — et le doute, lui, entretient l'alerte.
Quand ça revient
Les moments
- dans les situations qui rappellent l'événement
- quand la tension monte, avant même de s'en rendre compte
- en période de fatigue intense
- dans les lieux bruyants ou surchargés
Les déclencheurs
- un conflit, une voix qui monte
- un contact physique inattendu
- une odeur, un bruit, une lumière liés à l'événement
- le fait d'être coincé quelque part sans pouvoir sortir
- parler de ce qui s'est passé
Ce que la boucle construit
Vivre à distance de soi finit par produire des conclusions sur ce que l'on est devenu.
Les croyances
- « je suis vide à l'intérieur »
- « je ne ressens plus rien, je suis cassée »
- « je ne suis plus une vraie personne »
- « si je me laisse ressentir, je vais m'effondrer »
- « personne ne peut comprendre ça »
Les scénarios
- l'anticipation de décrocher au mauvais moment : au volant, en réunion, devant ses enfants
- le renoncement aux situations intenses, y compris les bonnes
- la peur de ne jamais retrouver la sensation d'être vivant
Redouter de décrocher augmente la tension, et la tension est précisément ce qui déclenche le décrochage. La boucle se referme. Elle ne s'ouvre pas en se surveillant davantage, mais en libérant la charge qui rend le retrait nécessaire.
Ce qu'on vous a peut-être dit
Tu es toujours dans la lune.
Ce n'est pas de la rêverie ni de l'inattention : c'est une protection qui se déclenche seule. La confondre avec de la distraction ajoute de la honte à quelque chose qui n'a rien de choisi.
Reprends-toi.
C'est exactement ce qui ne peut pas se faire sur commande à ce moment-là. Ce qui aide n'est pas une injonction, c'est un appui concret : une main, un objet, une voix calme qui nomme le lieu et la date.
Si tu ne te souviens pas, c'est que ce n'était pas si grave.
C'est souvent l'inverse. Les trous de mémoire sont fréquents précisément quand l'intensité a été trop forte pour être enregistrée normalement.
Vos questions
Est-ce que je deviens fou ?
Non. La dissociation est une réaction de protection décrite depuis longtemps et parfaitement identifiée. Elle inquiète parce qu'elle touche au sentiment d'exister, mais elle ne signe pas de perte de contact durable avec le réel : au contraire, elle protège d'un réel devenu insupportable.
Pourquoi mon corps fait ça sans mon accord ?
Parce que c'est une réponse d'urgence, et que les réponses d'urgence ne demandent pas d'autorisation. Quand ni la fuite ni la lutte ne sont possibles, il reste une issue : ne plus être tout à fait là. C'est souvent ce qui permet de traverser l'insupportable.
Est-ce que ça explique que je ne me souvienne pas de tout ?
Oui, en grande partie. Ce qui est vécu à distance s'enregistre mal : d'où les trous, les scènes en désordre, les souvenirs vus de l'extérieur. Cela ne dit rien de votre sincérité, et c'est même un indice cohérent de ce que vous avez traversé.
Est-ce dangereux ?
En soi, non. Cela devient un problème quand cela survient dans des situations qui demandent de l'attention — au volant, avec de jeunes enfants — ou quand cela occupe une grande partie du temps. Ce sont ces situations-là qui méritent de ne pas attendre.
Comment revenir quand ça arrive ?
En passant par le corps plutôt que par la pensée : sentir ses pieds au sol, tenir quelque chose de froid ou de rugueux, nommer à voix haute ce que l'on voit, dire la date. Se raisonner ne fonctionne pas — c'est justement le raisonnement qui s'est éloigné.
Est-ce que ça peut s'arrêter ?
Oui. La dissociation n'est pas une anomalie installée à demeure : c'est une porte de secours qui s'ouvre trop facilement. Quand la charge qui la déclenche se libère, elle cesse de s'ouvrir sans raison.
Ce qui aide, en attendant
Au quotidien
- Passer par les sens plutôt que par la pensée : le froid, le rugueux, l'appui des pieds au sol
- Nommer à voix haute cinq choses visibles, le lieu, la date — ramener le présent par des faits
- Prévenir une personne de confiance de ce qui se passe, pour ne pas avoir à l'expliquer sur le moment
- Ne pas conduire tant que les épisodes surviennent sans prévenir
Quand consulter
- Quand les épisodes se répètent, surviennent dans des situations à risque, occupent une part importante de la journée, ou s'accompagnent de trous de mémoire qui inquiètent.
Ce n'est pas une fatalité
Ce n'est pas une fatalité, et il n'est pas nécessaire de reconstituer ce qui manque pour que cela s'apaise. Le Coaching en Libération Émotionnelle n'exige aucun récit complet : il aborde ce qui s'exprime aujourd'hui — le retrait, la distance, la peur de ressentir — en s'appuyant sur vos ressources. Quand la charge se libère, la porte de secours cesse de s'ouvrir toute seule, et la présence revient.
Découvrir l'accompagnementPour aller plus loin
- American Psychiatric Association, DSM-5-TR, sous-type dissociatif du trouble de stress post-traumatique (dépersonnalisation, déréalisation)
- Organisation mondiale de la santé, CIM-11, 6B40 et troubles dissociatifs (bloc 6B6)
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