Quand la mémoire a mis de côté
amnésie traumatique · je ne me souviens de rien · trou noir · j'ai oublié des années entières · amnésie post-traumatique
- 3114 — Souffrance psychique et prévention du suicide (France, 24h/24)
- 0800 32 123 — Centre de prévention du suicide (Belgique, 24h/24)
- 143 — La Main Tendue (Suisse, 24h/24)
- 988 — Ligne d'aide en cas de crise de suicide (Québec, 24h/24)
L'amnésie traumatique, c'est l'absence de souvenir d'un événement ou d'une période, alors même que le corps, lui, en garde des traces. Cela peut concerner quelques minutes comme des années entières. Ce n'est pas un mensonge ni un effacement définitif : c'est une mise à l'écart de protection. Et l'apaisement ne dépend pas du retour des souvenirs.
Il y a un blanc. Une période dont il ne reste presque rien, ou un moment précis dont le film s'arrête net. Autour, des réactions que l'on ne s'explique pas : une peur devant un lieu, un malaise devant une personne, un dégoût sans motif. Beaucoup le disent avec les mêmes mots : « je ne me souviens de rien avant mes douze ans », « je sais que quelque chose s'est passé, mais je ne sais pas quoi ». Ne pas se souvenir n'invalide rien.
Depuis, je…
- « il me manque des années entières »
- « je ne me souviens pas de l'événement, seulement d'avant et d'après »
- « j'ai des réactions que je ne m'explique pas »
- « je sais que quelque chose s'est passé sans pouvoir le dire »
- « des proches me racontent des choses dont je n'ai aucun souvenir »
- « je doute de tout ce que je crois savoir »
Ce qui se passe
Quand une situation est à la fois insupportable et sans issue, l'organisme dispose d'une réponse extrême : se retirer de ce qui se passe. Ce retrait, très efficace sur le moment, a une conséquence directe sur la mémoire — ce qui n'est pas pleinement vécu ne s'enregistre pas normalement. S'y ajoute, dans la durée, une mise à l'écart active : le cerveau évite ce qui rouvre la charge, jusqu'à rendre inaccessibles des pans entiers. C'est particulièrement fréquent lorsque l'événement s'est produit dans l'enfance, quand il s'est répété, ou quand il impliquait une personne dont on dépendait pour vivre. Ce qui n'est pas accessible au récit n'a pourtant pas disparu du corps : les réactions, les évitements, les malaises persistent sans explication disponible. C'est ce décalage — un corps qui réagit et une tête qui ne sait pas pourquoi — qui déroute et fait douter de soi.
Quand ça revient
Les moments
- quand un proche évoque cette période
- lors d'un retour sur les lieux
- à l'occasion d'un événement de vie qui fait écho
- au moment où l'on se sent enfin en sécurité
Les déclencheurs
- une photo, un objet, une odeur
- une conversation de famille
- un reportage ou un témoignage
- une consultation médicale qui touche le corps
Ce que la boucle construit
Vivre avec un blanc pousse à fabriquer des explications, et souvent à ses propres dépens.
Les croyances
- « j'invente »
- « je suis folle »
- « si c'était grave, je m'en souviendrais »
- « je n'ai pas le droit d'aller mal puisque je ne sais rien »
- « je ne pourrai jamais m'en sortir sans savoir »
Les scénarios
- la recherche épuisante de la preuve de ce qui s'est passé
- l'interrogatoire des proches, avec la peur de la réponse
- l'attente d'un souvenir qui débloquerait tout
Faire dépendre l'apaisement du retour des souvenirs installe une attente sans fin, et cette attente entretient la tension. Or la charge peut se libérer sans que le blanc se comble — c'est précisément ce qui permet de sortir de l'impasse.
Ce qu'on vous a peut-être dit
Tu t'inventes un passé.
Personne ne choisit d'avoir un trou de mémoire, et personne n'y gagne rien. Le doute que cette phrase installe est souvent plus douloureux que le blanc lui-même.
Si tu ne t'en souviens pas, laisse tomber.
Le corps, lui, n'a pas laissé tomber : il continue de réagir. C'est cela qui demande à être traité, pas le récit.
Il faut absolument que tu retrouves tes souvenirs.
Non, et c'est même risqué. Forcer la mémoire expose à fabriquer sans le vouloir. On peut aller bien sans avoir tout retrouvé.
Vos questions
Est-ce que ne pas me souvenir signifie qu'il ne s'est rien passé ?
Non. L'absence de souvenir n'est pas une preuve d'absence d'événement, pas plus qu'elle n'en est une preuve. C'est simplement le signe que la mémoire n'a pas enregistré ou n'a pas rendu accessible. Le retentissement, lui, s'observe.
Pourquoi la mémoire fait-elle ça ?
Parce que ne pas avoir accès à ce qui est insupportable permet de continuer à vivre — grandir, aller à l'école, tenir. C'est une mise à l'écart économique, pas une trahison. Elle survient surtout quand il n'y avait aucune issue possible.
Les souvenirs peuvent-ils revenir ?
Parfois, souvent par fragments et rarement sur commande. Cela demande de la prudence : un souvenir qui revient n'est pas un enregistrement fidèle et peut se mêler à ce qu'on a entendu ou imaginé. Un accompagnement qui pousse à retrouver à tout prix fait plus de mal que de bien.
Puis-je aller mieux sans jamais savoir ?
Oui, et c'est le point essentiel. On travaille sur ce qui s'exprime aujourd'hui — les réactions, les évitements, la charge — et cela n'exige aucun récit. Beaucoup de personnes s'apaisent sans que le blanc se comble.
Comment savoir si mes réactions viennent de là ?
On ne peut pas le certifier, et c'est inconfortable. Mais il n'est pas nécessaire d'établir la cause pour traiter l'effet : ce qui se manifeste peut être abordé tel quel, sans devoir d'abord être expliqué.
Dois-je chercher à me souvenir ?
Non, et il vaut mieux ne pas forcer. La pression sur la mémoire l'entrave et expose à fabriquer involontairement. Si des éléments reviennent d'eux-mêmes, ils seront accueillis ; sinon, l'apaisement reste possible.
Ce qui aide, en attendant
Au quotidien
- Renoncer à la quête de la preuve : elle épuise et fait rarement avancer
- Travailler sur ce qui se manifeste aujourd'hui, sans exiger de l'expliquer d'abord
- Éviter les approches qui promettent de faire remonter les souvenirs
- Noter ce qui déclenche les réactions : c'est utilisable même sans savoir pourquoi
Quand consulter
- Quand les blancs inquiètent, quand des réactions inexpliquées gênent le quotidien, quand la recherche du passé occupe la vie — et sans attendre si des idées de mort s'invitent.
Ce n'est pas une fatalité
Ce n'est pas une fatalité, et il n'est pas nécessaire de savoir pour se libérer. C'est le principe même du Coaching en Libération Émotionnelle : on ne cherche pas le pourquoi, on aborde ce qui s'exprime — la réaction, l'évitement, la charge — en s'appuyant sur vos ressources. L'origine peut rester inconnue à jamais sans que cela empêche l'apaisement.
Découvrir l'accompagnementPour aller plus loin
- American Psychiatric Association, DSM-5-TR, critère D1 du trouble de stress post-traumatique : incapacité à se rappeler un aspect important de l'événement
- Organisation mondiale de la santé, CIM-11, 6B61 Amnésie dissociative
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