Quand la protection a fait peur
violences policières · violence lors d'une interpellation · j'ai été frappé par la police · contrôle qui a mal tourné · abus de la police
- 3114 — Souffrance psychique et prévention du suicide (France, 24h/24)
- 0800 32 123 — Centre de prévention du suicide (Belgique, 24h/24)
- 143 — La Main Tendue (Suisse, 24h/24)
- 988 — Ligne d'aide en cas de crise de suicide (Québec, 24h/24)
Subir de la violence de la part de ceux dont la fonction est de protéger produit une atteinte particulière : au choc s'ajoute la disparition du recours. On ne sait plus vers qui se tourner, et beaucoup se taisent. Ce n'est ni de la défiance idéologique ni de l'exagération — c'est ce que produit une inversion du rôle protecteur. Et cela se libère.
Il y a ce qui s'est passé, et il y a l'après : personne à qui le dire sans craindre de ne pas être cru, ou de le payer. On revoit la scène, on sursaute devant un uniforme, on change de trottoir devant un véhicule. Et on se demande à quoi bon en parler. Beaucoup le disent avec les mêmes mots : « personne ne me croira », « c'est leur parole contre la mienne ». Ce que vous vivez porte deux blessures : les faits, et la perte du recours.
Depuis, je…
- « je sursaute devant un uniforme »
- « je change de trottoir quand je vois un véhicule de police »
- « je revois la scène en boucle »
- « je n'ai porté plainte nulle part, à quoi bon »
- « je ne me sens protégé par personne »
- « j'ai peur d'un contrôle, tout le temps »
- « je n'en ai parlé à presque personne »
Ce qui se passe
Toute violence subie déclenche la même mécanique de survie : alerte maximale, réponse automatique, enregistrement brut du décor sensoriel. Ici s'ajoute une donnée qui change tout. Le système d'alerte humain ne se contente pas d'évaluer le danger : il évalue aussi les recours. Savoir qu'il existe quelqu'un vers qui se tourner permet à l'alarme de redescendre, même après un événement grave. Quand la violence vient de l'institution qui incarne ce recours, cette possibilité s'effondre. Le corps se retrouve dans la configuration la plus difficile à traiter : un danger avéré, et nulle part où le signaler. S'y ajoutent souvent l'impossibilité de fuir, l'asymétrie totale des moyens, et le fait que la parole de la personne concernée sera mise en balance avec celle de l'institution. C'est pourquoi le silence est si fréquent — et pourquoi il pèse autant, puisqu'il empêche la décharge qui permettrait à l'alarme de s'éteindre.
Quand ça revient
Les moments
- lors d'un contrôle, même banal
- la nuit, en cauchemar
- en voyant des images d'interpellation
- au moment d'une démarche administrative ou judiciaire
Les déclencheurs
- un uniforme, un gyrophare, une sirène
- un ton de voix autoritaire, un tutoiement brusque
- une image aux informations
- le fait de devoir raconter les faits
Ce que la boucle construit
L'absence de recours produit des conclusions qui dépassent largement l'événement.
Les croyances
- « personne ne me croira »
- « il n'y a de justice pour personne comme moi »
- « si je parle, je le paierai »
- « je ne suis protégé par rien ni personne »
- « ça peut recommencer à n'importe quel contrôle »
Les scénarios
- l'anticipation du prochain contrôle
- le film de ce qui se passerait si l'on portait plainte
- l'évitement des lieux et des horaires à risque
- la scène rejouée avec ce qu'on aurait dû dire ou ne pas dire
Le silence protège d'une exposition redoutée et empêche en même temps toute décharge : la charge reste entière et l'alerte se maintient. Cette boucle ne se résout pas en gagnant une procédure — elle se dénoue quand la charge se libère, que la reconnaissance vienne ou non.
Ce qu'on vous a peut-être dit
Tu as dû faire quelque chose pour en arriver là.
Cette phrase reprend exactement ce qui rend ces situations si difficiles à dire. Aucun comportement ne justifie un usage de la force disproportionné, et c'est d'ailleurs ce que prévoit la loi.
C'est leur parole contre la tienne, laisse tomber.
Le pronostic d'une procédure est une chose ; le droit d'être entendu et accompagné en est une autre. Renoncer aux deux à la fois coûte cher.
Tu généralises, ils ne sont pas tous comme ça.
Sans doute, et cela ne change rien à ce que votre corps a enregistré ce jour-là. Les réactions ne sont pas des opinions.
Vos questions
Pourquoi est-ce que ça marque plus qu'une agression ordinaire ?
Parce qu'il ne s'agit pas seulement de ce qui a été fait, mais de qui l'a fait. Quand la violence vient de l'institution chargée de protéger, le recours disparaît en même temps que la sécurité. C'est cette double perte qui laisse le plus de traces.
Est-ce que ça vaut la peine de porter plainte ?
C'est votre décision, et elle n'est pas la condition de l'apaisement. Si vous le souhaitez, plusieurs voies existent : plainte auprès du procureur de la République par courrier, saisine de l'inspection compétente, ou saisine du Défenseur des droits, qui est indépendant et gratuit.
Que faire tout de suite après les faits ?
Faire constater les blessures par un médecin, qui établira un certificat descriptif avec une durée d'incapacité — c'est la pièce la plus importante. Conservez les vêtements, notez les numéros d'identification visibles, recueillez les coordonnées des témoins.
Personne ne me croira, à quoi bon en parler ?
La crainte est compréhensible, et elle est aussi ce qui prolonge le plus la charge. Parler à un professionnel tenu au secret, ou à une association d'aide aux victimes, n'expose à rien et desserre souvent l'étau.
Est-ce que ça veut dire que je hais la police ?
Non, et beaucoup de personnes concernées ne se reconnaissent dans aucune position politique. Ce que le corps a enregistré ne relève pas d'une opinion : c'est une réaction, et elle peut coexister avec un jugement nuancé.
Est-ce que ça peut s'apaiser sans reconnaissance officielle ?
Oui. La reconnaissance compte, parfois énormément, et elle n'est pas la condition. La charge se libère indépendamment de l'issue d'une procédure — c'est heureux, car ces procédures sont souvent longues et incertaines.
Ce qui aide, en attendant
Au quotidien
- Faire constater les blessures par un médecin, avec certificat descriptif et durée d'incapacité
- Noter les numéros d'identification visibles et les coordonnées des témoins
- Saisir le Défenseur des droits, qui est indépendant et gratuit, si vous le souhaitez
- Se faire accompagner : le 116 006 oriente et soutient les démarches
- Parler à un professionnel tenu au secret plutôt que de tout garder
Quand consulter
- Quand les sursauts, les cauchemars ou l'évitement persistent, quand le sentiment de n'être protégé par personne s'installe — et sans attendre si des idées de mort s'invitent.
Ce n'est pas une fatalité
Ce n'est pas une fatalité, et l'apaisement ne dépend pas de l'issue d'une procédure. Le Coaching en Libération Émotionnelle ne demande ni preuve ni reconnaissance préalable : il aborde ce qui s'exprime aujourd'hui — le sursaut, l'évitement, le sentiment de n'avoir aucun recours — en s'appuyant sur vos ressources. Ce que vous avez vécu reste vrai ; ce qui change, c'est qu'il cesse de commander vos trajets et vos nuits.
Découvrir l'accompagnementPour aller plus loin
- Code de la sécurité intérieure, articles L435-1 (usage des armes) et R434-18 (code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale : usage de la force strictement nécessaire et proportionné)
- Défenseur des droits, saisine en matière de déontologie de la sécurité (autorité indépendante, saisine gratuite)
- American Psychiatric Association, DSM-5-TR, critère A du trouble de stress post-traumatique
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