Après la torture

torture · actes de torture · j'ai été torturé · sévices · traitements inhumains

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  • 3114 — Souffrance psychique et prévention du suicide (France, 24h/24)
  • 0800 32 123 — Centre de prévention du suicide (Belgique, 24h/24)
  • 143 — La Main Tendue (Suisse, 24h/24)
  • 988 — Ligne d'aide en cas de crise de suicide (Québec, 24h/24)
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La torture se distingue des autres violences par l'intention : quelqu'un a délibérément et durablement fait souffrir, souvent pour obtenir quelque chose ou pour détruire. Ce qu'elle laisse touche au corps, au sommeil, à la confiance et au rapport aux autres. Des centres spécialisés existent en France, avec des professionnels formés et des interprètes.

Ce n'est pas quelque chose qui se raconte au détour d'une conversation. Il y a les douleurs qui restent sans explication médicale claire, les nuits, le sursaut devant un geste banal. Et il y a ce qu'on ne dit pas : ce qu'on a signé, dit ou fait pour que ça s'arrête. Beaucoup portent cela seuls pendant des années. Ce qui a été obtenu sous la torture n'engage en rien votre valeur.

Depuis, je…

Ce qui se passe

Ce qui distingue la torture des autres violences n'est pas seulement l'intensité : c'est l'intention et la durée. La souffrance n'est pas un effet secondaire, elle est le but ; elle est administrée par quelqu'un qui contrôle tout, y compris le moment où elle s'arrête. Cette configuration produit des effets particuliers. Le corps ne peut ni fuir ni combattre pendant une période prolongée, ce qui installe des réponses de retrait profondes et durables. La douleur, répétée dans un contexte d'impuissance totale, laisse fréquemment des séquelles physiques qui persistent après la cicatrisation, parce que la manière dont le corps traite la douleur peut rester durablement changée. Enfin, la torture vise souvent à obtenir un aveu, une signature, une dénonciation — et elle y parvient, puisque c'est sa fonction. Elle produit donc, en plus de l'atteinte, une honte durable portant sur ce qui a été cédé. Cette honte est la conséquence la mieux réussie du procédé, et c'est souvent elle qui empêche le plus longtemps de demander de l'aide.

Quand ça revient

Les moments

  • la nuit, toutes les nuits pour beaucoup
  • lors d'examens ou de soins médicaux
  • quand il faut raconter dans une procédure
  • dans les lieux clos ou surveillés

Les déclencheurs

  • une position du corps, un contact, un soin
  • un bruit, une odeur, une lumière
  • une langue, une voix, un accent
  • un uniforme, un guichet

Ce que la boucle construit

Ce que la torture a extorqué devient, dans l'après, le motif principal du reproche que l'on se fait.

Les croyances

  • « j'ai trahi »
  • « je n'ai pas tenu, je suis lâche »
  • « je suis détruit pour toujours »
  • « je ne mérite pas d'être aidé »
  • « personne ne peut entendre ça »

Les scénarios

  • la scène rejouée avec la résistance qu'on aurait voulu opposer
  • l'anticipation du jugement de ceux à qui l'on raconterait
  • le film des conséquences pour les personnes nommées

Se juger sur ce qui a été cédé revient à adopter le point de vue de celui qui torturait — c'est exactement l'effet recherché. Nommer ce mécanisme ne suffit pas à faire tomber la honte, mais c'est ce qui permet de commencer, et la charge, elle, se libère.

Ce qu'on vous a peut-être dit

Il faut oublier tout ça maintenant.

L'oubli n'est pas disponible sur commande, et ce n'est pas ce qui est demandé. Ce qui peut changer, c'est que le souvenir cesse d'avoir lieu au présent.

Vos examens sont normaux, vous n'avez rien.

Les douleurs persistantes après la torture sont documentées et réelles même quand l'imagerie est normale. Un examen normal indique seulement où ne pas chercher.

Comment avez-vous pu parler ?

Parce que c'est précisément l'objet de la torture, et que tout le monde finit par céder. Ce qu'elle obtient n'a aucune valeur, ni juridique ni morale.

Vos questions

Pourquoi j'ai des douleurs alors que les examens sont normaux ?

Les douleurs persistantes après la torture sont fréquentes et bien décrites. Elles sont réelles, même quand l'imagerie ne montre rien : ce qui a changé ne se voit pas toujours sur une image. Des résultats normaux ne disent pas que vous n'avez rien.

J'ai parlé, j'ai signé — qu'est-ce que ça dit de moi ?

Rien qui vous soit défavorable. La torture est conçue pour obtenir cela ; tout le monde finit par céder, et c'est précisément pourquoi ce qu'elle produit n'a aucune valeur. Ce que vous avez dit ou signé appartient à celui qui l'a extorqué.

Existe-t-il des soins adaptés en France ?

Oui. Des centres spécialisés accueillent les personnes victimes de torture et de violence politique, avec des professionnels formés et des interprètes — le Centre Primo Levi à Paris et le réseau des centres de soins pour personnes exilées notamment.

Faut-il tout raconter pour être soigné ?

Non. Les équipes spécialisées savent travailler sans exiger de récit complet, précisément parce qu'elles connaissent ce que cela coûte. C'est une question à poser dès le premier contact.

Puis-je faire constater ce que j'ai subi ?

Oui. Un certificat médical descriptif, établi selon les principes reconnus en la matière, peut documenter les séquelles physiques et psychiques. Les centres spécialisés et les associations d'aide aux exilés orientent vers les médecins formés à cet exercice.

Est-ce que ça peut s'apaiser ?

Oui, même si le chemin est plus long. Le sommeil et les cauchemars s'améliorent souvent en premier. Ce n'est pas une fatalité, et l'accompagnement spécialisé change réellement les choses.

Ce qui aide, en attendant

Au quotidien

  • S'adresser à un centre spécialisé : les équipes y sont formées et disposent d'interprètes
  • Demander explicitement un interprète professionnel plutôt qu'un proche
  • Faire établir un certificat médical descriptif par un médecin formé, si vous le souhaitez
  • Séparer le temps de la procédure et le temps du soin
  • Savoir qu'aucun récit complet n'est exigé pour être accompagné

Quand consulter

  • Dès que possible, sans attendre l'issue d'une procédure ni de se sentir capable de tout raconter — et immédiatement si des idées de mort s'invitent.

Ce n'est pas une fatalité

Ce n'est pas une fatalité, même après cela, et rien ne vous sera demandé que vous ne vouliez donner. Le Coaching en Libération Émotionnelle ne cherche pas le pourquoi et n'exige aucun récit : il aborde ce qui s'exprime aujourd'hui, en s'appuyant sur vos ressources, et sans se substituer aux structures spécialisées dont l'accompagnement reste ici essentiel.

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